Qu’est-ce qu’un parc durable ? Définition, histoire et exemples concrets

En bref : aucune source officielle consultée ne définit le terme « parc durable » en tant que tel. Des institutions comme l’ONU, l’UICN ou l’OCDE décrivent des qualités qui se recoupent, biodiversité, résilience climatique, accès public, gouvernance à long terme, mais dans leurs travaux plus larges sur les villes et les espaces publics, sans jamais figer l’expression elle-même. La suite de cet article revient sur ce que ces critères signifient concrètement, d’où vient l’idée du « parc durable », et sur quelques lieux qui l’ont traduite en design.

Si vous êtes arrivé sur cette page en cherchant des idées de sorties nature en famille, des références pour un projet d’urbanisme, ou simplement parce que l’expression a attiré votre attention, chacune de ces raisons a sa légitimité. Ce terme recouvre plus de réalités qu’il n’y paraît.

Existe-t-il une définition officielle du « parc durable » ?

Aucun organisme international ne semble en avoir publié une. UN-Habitat, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), C40 Cities et l’OCDE publient tous des travaux considérables sur les villes durables et l’espace public, mais l’expression « parc durable » en elle-même n’apparaît pas comme une définition formalisée dans les documents consultés. Le parc est plutôt intégré à des cadres plus larges : espace public, nature en ville, gestion des écosystèmes.

Voici comment chacun aborde la question, dans ses propres termes :

  • UN-Habitat, à travers sa campagne 2015 « Public Spaces for All », met l’accent sur l’accessibilité et le caractère inclusif de l’espace public, parcs compris.
  • L’UICN, avec ses Urban Nature Indexes publiés en 2023, mesure la performance écologique d’une ville à travers six axes officiels : les moteurs de consommation, les pressions humaines, l’état des habitats, l’état des espèces, les contributions de la nature aux populations, et les réponses en matière de gouvernance.
  • C40 Cities, dans ses recommandations de conception de 2024 pour les espaces publics verts, préconise des plantations d’essences locales, des noues végétalisées qui filtrent naturellement les eaux de pluie, et des aménagements sûrs et accessibles à tous.
  • L’OCDE, dans son étude de 2023 comparant l’accès aux parcs urbains dans six pays membres, traite l’accès équitable aux espaces verts comme un indicateur mesurable d’une ville durable.

En mettant ces éléments bout à bout, une esquisse se dessine : biodiversité, capacité d’adaptation climatique, bénéfices pour la santé publique, accès équitable, et une gouvernance qui tient tout cela dans la durée. C’est ce qui se rapproche le plus d’un socle commun.

Si vous suivez l’actualité réglementaire européenne, cette logique vous rappellera peut-être la directive européenne sur les allégations environnementales (Green Claims Directive), qui vise justement à distinguer les engagements réellement mesurables des formules vagues. La même exigence de preuve s’applique ici : un parc n’est pas « durable » parce qu’on le qualifie ainsi, mais parce que des critères précis peuvent être vérifiés.

Autrement dit, la différence entre « un parc avec beaucoup de pelouse » et un parc durable ne se mesure pas en hectares. Elle tient à la façon dont cet espace est géré, à qui il est réellement ouvert, et aux systèmes, eau, énergie, déchets, qui fonctionnent silencieusement en dessous.

À quoi servait un parc, à l’origine ?

Cette difficulté à définir le terme s’éclaire quand on regarde comment le rôle du parc a évolué ces cent cinquante dernières années. Ce qui suit relève moins d’une suite de faits vérifiés que d’une histoire des idées, une manière de relire comment l’architecture paysagère et la philosophie environnementale se sont influencées mutuellement au fil du temps. Cette histoire pose une question plus large : où l’humain se situe-t-il par rapport à la nature ?

Le parc comme « poumon de la ville »

Le parc urbain moderne est né d’une réponse de santé publique. Pendant la révolution industrielle, les villes ont grandi vite et mal, et leurs habitants s’épuisaient physiquement et mentalement. Le parc a été pensé comme une sorte de poumon civique, une échappée conçue loin de la fumée et du bruit.

Frederick Law Olmsted a conçu Central Park à New York, avec Calvert Vaux, après avoir remporté un concours dans les années 1850. Dans son essai de 1870, Public Parks and the Enlargement of Towns, Olmsted soutenait que les parcs relevaient d’une infrastructure de santé publique, aussi essentielle à la stabilité d’une ville que l’eau potable ou l’assainissement.

La philosophie environnementale a un nom pour cette vision du monde : l’anthropocentrisme. La nature n’était pas valorisée pour elle-même, mais pour ce qu’elle apportait aux humains : détente, air plus pur, meilleur moral. Le parc existait pour servir les besoins humains.

Aldo Leopold et le tournant de « l’éthique de la terre »

Au milieu du XXe siècle, ce cadre de pensée commence à se fissurer. Le texte charnière est A Sand County Almanac, publié en 1949 par l’écologue Aldo Leopold, où il introduit le concept d’éthique de la terre (land ethic).

L’argument de Leopold était simple mais radical pour l’époque : l’humain n’est pas le conquérant de la communauté que forme la terre, il n’en est qu’un membre parmi d’autres, aux côtés du sol, de l’eau, des plantes et des animaux. Ce changement de perspective a donné naissance à l’écocentrisme, l’idée que la nature possède une valeur indépendante de son utilité pour l’humain.

L’architecte-paysagiste Ian McHarg a transformé cette philosophie en méthode concrète. Dans son ouvrage de 1969, Design with Nature, il rejette l’idée que le territoire doive être façonné pour la seule commodité humaine, et propose à la place de superposer les données géologiques, hydrologiques et écologiques pour laisser les systèmes naturels d’un site guider son aménagement. Sous cet angle, le parc cesse d’être « un carré de verdure construit par l’humain » pour devenir un nœud dans un réseau vivant bien plus vaste.

Il faut noter que cette idée, l’humain comme membre d’un écosystème plutôt que comme son gestionnaire, a des racines profondes en dehors de la philosophie environnementale occidentale. Les paysages traditionnels japonais du satoyama, ces zones tampons gérées entre le piémont montagneux et les villages agricoles, reposaient depuis des siècles sur un principe similaire : l’usage durable des ressources ne fonctionne que si l’on se perçoit comme faisant partie de la boucle écologique, et non comme un observateur extérieur.

Article à lire: L’Éthique de la Terre d’Aldo Leopold : Repenser notre relation avec la nature

D’un espace vert passif à une salle de classe vivante

À partir des années 1980, des théoriciens de l’urbain commencent à décrire la ville elle-même comme un écosystème, un lieu où les infrastructures construites et les systèmes naturels interagissent en permanence. Dans son ouvrage de 1984, The Granite Garden, l’architecte-paysagiste Anne Whiston Spirn décrit les parcs comme des composantes actives de la circulation de l’air, des cycles de l’eau et des corridors écologiques d’une ville, non comme un simple décor. Cette idée est devenue le socle de ce que l’on appelle aujourd’hui les « infrastructures vertes » et les « services écosystémiques ».

L’hypothèse de la biophilie du biologiste E.O. Wilson, l’idée que l’humain porte en lui une attirance innée pour le monde naturel, a été prolongée par l’urbaniste Timothy Beatley dans son ouvrage de 2011, Biophilic Cities. Le parc durable, tel que le décrit Beatley, n’est pas seulement un paysage à regarder. C’est un laboratoire vivant, un lieu où l’on observe la faune, où l’on participe à des actions de conservation, où l’on voit fonctionner en direct les systèmes de gestion des eaux pluviales.

Pris ensemble, cet historique suggère que la question du « parc durable » ne porte pas vraiment sur des budgets d’infrastructure. Elle demande si les gens se vivent comme des visiteurs de la nature, ou comme une partie de celle-ci. C’est, discrètement, une question d’identité autant que de design paysager.

Trois parcs qui mettent la philosophie en pratique

Voici trois parcs, dans trois villes différentes, qui ont intégré ces idées à leur infrastructure même.

Le parc Bishan-Ang Mo Kio, à Singapour, a transformé un canal d’évacuation en béton, parfaitement rectiligne, en une rivière naturelle sinueuse. Dans le cadre du programme « Active, Beautiful, Clean Waters » de PUB, l’agence nationale des eaux de Singapour, les ingénieurs ont combiné plantes locales, roches naturelles et génie civil pour stabiliser les berges tout en laissant la rivière s’élargir lors des fortes pluies de mousson. PUB indique que des libellules et d’autres espèces fréquentent désormais les berges.

Enghaveparken, à Copenhague, est un parc datant des années 1920 qui s’inscrit dans la démarche plus large de la ville en faveur d’infrastructures résilientes face au climat, conçu pour aider à gérer les fortes pluies tout en conservant sa fonction récréative traditionnelle. C’est un parc centenaire à qui l’on demande d’assumer des missions d’infrastructure du XXIe siècle. Nous n’avons pas encore pu vérifier les détails techniques précis auprès d’une source officielle de la Ville de Copenhague, nous restons donc volontairement généraux sur ce point.

Westergas, à Amsterdam, a transformé un ancien site gazier du XIXe siècle en parc culturel. La réhabilitation a préservé les bâtiments industriels en briques, assaini les sols, et reconstruit le site comme un parc culturel où la durabilité est un principe de conception central, traitant l’histoire industrielle du lieu comme un patrimoine à préserver plutôt qu’à effacer. Il s’agit moins de « construire un nouveau parc » que de « laisser le parc porter la mémoire de ce qui existait avant ».

Ce qui relie ces trois exemples, c’est qu’aucun ne traite la durabilité comme une fonctionnalité ajoutée après coup. Les systèmes d’eau, les sols, la résilience climatique sont le parc, ils n’y sont pas simplement greffés.

L’autre « parc durable » : les éco-villes industrielles du Japon

Tout ce qui précède décrit des parcs que l’on peut réellement traverser à pied. Mais l’expression « parc durable » recouvre aussi une réalité tout autre, qui n’a rien à voir avec l’herbe ou les arbres.

Le Japon abrite plusieurs « éco-villes » industrielles, des zones où sont volontairement regroupées des activités de décarbonation et de recyclage. L’éco-ville de Kitakyushu, dans la préfecture de Fukuoka, est généralement présentée comme l’une des plus importantes du pays, organisée autour d’installations de recyclage pour l’électroménager, les automobiles et les bouteilles en PET, avec un intérêt plus récent pour l’éolien offshore et l’hydrogène. L’éco-ville de Kawasaki, dans la préfecture de Kanagawa, est associée à un modèle « zéro émission » dans lequel les déchets d’une installation sont censés servir de matière première à une autre installation voisine. Ces informations proviennent de sources secondaires plutôt que de documents officiels du METI ou des municipalités concernées : considérez-les comme un point de départ pour vos propres recherches plutôt que comme des faits établis.

Sur le plan réglementaire français, on peut rapprocher cette logique de circularité industrielle de la loi AGEC (loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire), qui structure elle aussi la réutilisation des ressources à l’échelle d’un territoire, même si les cadres juridiques et les échelles diffèrent sensiblement.

Aucun de ces deux sites ne ressemble à un parc au sens traditionnel, mais ils rappellent à quel point le mot « durable » est sollicité pour couvrir des réalités très différentes.

Pour conclure

Cela fait plus de cent cinquante ans que Central Park porte son surnom de « poumon de la ville ». Ce que nous attendons d’un parc a discrètement changé depuis : d’un lieu où l’on s’échappe, à un lieu auquel on appartient activement. D’un paysage que l’on regarde, à une relation que l’on entretient.

La prochaine fois que vous serez dans un parc, peut-être vaut-il la peine de s’arrêter un instant : où va l’eau, une fois qu’elle a quitté les lieux ? Pour qui cet arbre a-t-il été planté ?

Et vous, que signifie « durable » la prochaine fois que vous vous trouverez dans un parc ?

Mariko
Mariko

Mariko Kobayashi est une autrice éco-responsable basée au Japon et fondatrice d'Eco Philosophie Japon. Engagée dans un mode de vie durable depuis 2018, elle est titulaire d'un Master en philosophie analytique et philosophie du langage de l'Université Paris IV Sorbonne — une formation qu'elle mobilise aussi bien pour l'évaluation des produits que pour les questions philosophiques qui sous-tendent la durabilité. Ses articles sont publiés en japonais, en anglais, et en français.