J’ai un profond respect pour les agriculteurs. Leur métier est essentiel à notre survie, et pourtant, dans notre société moderne, nous ne mesurons pas vraiment la difficulté de produire de la nourriture et de maintenir une production alimentaire stable.
L’agriculture joue un rôle crucial dans la construction d’un avenir durable. Sans un approvisionnement alimentaire fiable, impossible de prospérer et de vivre dignement. Qui plus est, l’agriculture a un impact direct sur notre environnement.
L’agriculture conventionnelle a certes augmenté nos capacités de production, mais à quel prix ? Les pesticides et engrais chimiques polluent nos sols et nos ressources en eau. Sans parler de la biodiversité massacrée par les monocultures et l’utilisation massive de pesticides qui déciment les populations d’insectes.
Voilà pourquoi, depuis plus de dix ans déjà – à l’époque où je vivais à Paris – j’achète des légumes bio. Au début, c’était par souci de bien manger. J’étais prêt à payer plus cher pour une meilleure qualité. Aujourd’hui, je comprends que cela dépasse ma santé personnelle : c’est de notre avenir sur cette planète qu’il s’agit.
Il est urgent de réinventer notre modèle agricole. Mais voilà : l’industrie du bio patine, écrasée par l’inflation et la concurrence. C’est là que l’agroécologie entre en scène.
L’impasse du modèle bio
Les produits biologiques sont chers, et pour cause. Limiter les pesticides et engrais synthétiques réduit mécaniquement les rendements. Produire selon un cahier des charges strict demande plus de travail et d’engagement.
Aussi vertueux soit-on, impossible de toujours payer plus. L’inflation mondiale rend ces surcoûts difficilement soutenables. Doit-on vraiment faire reposer la transition écologique sur la bonne volonté – et le portefeuille – des consommateurs ?
Ce n’est pas non plus aux agriculteurs de supporter seuls cette transformation. Leur métier est déjà suffisamment complexe. La plupart n’ont pas les moyens financiers de basculer vers l’agriculture biologique.
Pour survivre économiquement, ils doivent produire en quantité et en efficacité. Certains agriculteurs bio en viennent même à utiliser des biopesticides de manière intensive, risquant de reproduire les mêmes dommages écologiques que l’agriculture conventionnelle.
Le bio, à lui seul, ne suffira pas. Il nous faut une approche globale. L’agroécologie pourrait bien être la solution.
Nourrir l’humanité : un défi systémique
L’agroécologie ? Une approche holistique où l’agriculture devient bien plus qu’une simple technique de production. C’est un système qui intègre écologie, politique, sociologie et économie. Son objectif : « Garantir la santé interactive des humains, des animaux et de la Terre » (Wang et Caldwell, 2021).
Depuis la Révolution verte des années 1960-70, l’objectif était de combattre la faim mondiale. On a massivement augmenté les rendements : sélection végétale, pesticides ciblés, irrigation intensive, engrais chimiques. Le prix à payer ? La transformation de forêts en déserts verts, une biodiversité en lambeaux.
Comme le bio, l’agroécologie veut régénérer les sols et restaurer les écosystèmes. Mais elle va plus loin : ce n’est pas qu’une question de pratiques agricoles, c’est un changement de modèle économique.
Exit l’économie industrielle, place à l’économie de subsistance. Fini de privilégier le rendement et les énergies fossiles. Priorité à l’humain, aux écosystèmes, à la résilience.
L’objectif ? Produire une alimentation saine, accessible à tous, sans détruire la planète. Un horizon enthousiasmant pour les générations futures.
Plutôt que de se demander qui peut s’offrir des produits bio, unissons nos forces pour transformer la politique alimentaire. L’agroécologie nous montre la voie.
Référence :
Caldwell (dir.), C. D., et Songliang Wang (dir.). 2021. Introduction à l’Agroécologie. Springer.